Progrès et rêves scientifiques
🪐 La science & la fiction 🚀
Un rêve scientifique est-il toujours bon à faire… et à réaliser ?
Étude de groupement de textes

| Objectifs de la séquence :
– Comprendre le fonctionnement d’un récit de science-fiction et la notion de science-fiction ; – Réfléchir à ce qu’est un « rêve scientifique », et prendre conscience de l’aspect subjectif d’un « rêve » ; – Réaliser un récit de science-fiction mettant en scène un personnage cherchant à réaliser un rêve scientifique. |
Séance 1 : Définitions des littératures de l’imaginaire
Objectif : Appréhender des notions d’analyse littéraire
→ Le merveilleux est un genre dans lequel tout ce qui est magique est naturellement accepté par les personnages, le narrateur, et le lecteur lui-même. C’est le genre des contes.
Exemples : La Petite Sirène d’Andersen ou Le Petit Chaperon rouge de Perrault.
→ Le fantastique est un genre dans lequel on doute de l’élément magique car il intervient dans un cadre réaliste.
Exemples : La Vénus d’Ille de Mérimée ou La Main d’écorché de Maupassant.
→ La science-fiction s’appuie sur des hypothèses scientifiques : contrairement aux deux autres, aucun élément n’est vraiment magique. La science-fiction est un genre plus rationnel que le merveilleux ou le fantastique.
Parfois, des éléments imaginés par des auteurs de science-fiction finissent par exister dans notre monde : les auteurs de science-fiction sont parfois eux-mêmes des scientifiques très doués ! Mais le but de la science-fiction n’est pas uniquement d’anticiper : c’est aussi un genre qui permet de dénoncer les travers de la société, ou de rêver à des sociétés, si ce n’est meilleures, au moins différentes.
Séance 2 : Robots : rêve éveillé ou réalité cauchemardesque ?
Objectif 1 : Comprendre que les « rêves scientifiques » du passé sont parfois devenus les « progrès » d’aujourd’hui.
Les robots sont une source d’inspiration majeure pour les auteurs de SF. Il faut dire que les progrès de la science sont rapides, et que les robots ressemblent de plus en plus à des êtres humains.
Activité : Regardez les vidéos suivantes et essayez de distinguer les robots de fiction des robots réels.
En 1942, Isaac Asimov formule trois lois auxquelles les robots sont censés obéir dans ses récits
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Les Lois de la Robotique – Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ; – Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la première loi ; – Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi. |
Ces lois, fictionnelles, ont été reprises de nombreuses fois dans diverses œuvres de science-fiction. D’ailleurs, ne serait-il pas souhaitable de les appliquer dans notre monde ?
D’après toi, Asimov rêvait-il de nos robots actuels ?
Séance décrochée : Quand les ténèbres viendront
Objectif : Découvrir une œuvre fondatrice de la science-fiction
| Rappel : la nouvelle
Une nouvelle est un texte court, qui comprend peu de personnages, peu de lieux et peu d’actions. Une nouvelle peut se terminer par une chute, c’est-à-dire un élément surprenant. |
Durant deux heures, les élèves ont pu découvrir la nouvelle d’Isaac Asimov : « Quand les ténèbres viendront ». Dans cette histoire, les personnages vivent sur une planète où il ne fait jamais nuit… À tel point que, pour les personnages, les Étoiles relèvent de la science-fiction !
Les personnages sont inquiets car des scientifiques ont prévu qu’il ferait bientôt nuit : ils s’inquiètent de la réaction de la population… Car ce qui est pour nous un élément connu (la nuit) relève pour ces personnages… du cauchemar !
L’Espace, une source d’inspiration infinie
L’espace est une source d’inspiration très importante pour les auteurs de science-fiction : nombreux sont les romans qui mettent en scène des vaisseaux spatiaux, des formes de vie extraterrestres, ou encore des planètes aux particularités étranges. Ces visions peuvent être idéalisées ou, au contraire, effrayantes.
« S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? » est la question posée par le prix Nobel Enrico Fermi en 1950. Ce paradoxe a été le moteur de nombreux débats et récits de SF !
Séance 3 : « Quelque chose d’affreux va arriver demain matin »
Objectif 1 : Comprendre la notion de point de vue (une histoire peut être racontée depuis plusieurs points de vue)
Objectif 2 : Se familiariser avec la narration pour l’exercice de rédaction du contrôle et du DNB (descriptions, temps du récit, champs lexicaux).
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AOÛT 2030 La nuit d’été Dans les galeries de pierre, les gens formaient des groupes et des grappes qui se glissaient dans les ombres au milieu des collines bleues. Une douce clarté tombait des étoiles et des deux lunes luminescentes de Mars. Au-delà de l’amphithéâtre, dans de lointaines ténèbres, se nichaient de petites agglomérations et des villas ; des eaux argentées s’étalaient en nappes immobiles et les canaux scintillaient d’un horizon à l’autre.
Et les musiciens de jouer et elle de chanter, et cette fois l’assistance soupira et se pencha en avant, quelques hommes se dressèrent sous le coup de la surprise, et un souffle glacé traversa l’amphithéâtre. Car c’était une chanson étrange et effrayante que chantait cette femme. Elle tenta d’empêcher les mots de franchir ses lèvres, mais ils étaient là :
La beauté marche avec elle, comme la nuit La chanteuse se fit un bâillon de ses mains, interdite.
« Qu’est-ce que c’est que ces paroles ? demandaient les musiciens.
Et quand ils se remirent à souffler dans leurs trompes dorées, l’étrange musique s’éleva pour planer au-dessus des spectateurs qui maintenant quittaient leurs sièges en parlant à voix haute. « Qu’est-ce qui te prend ? se demandaient mutuellement les musiciens. La femme fondit en larmes et quitta la scène en courant. Le public déserta l’amphithéâtre.
Et partout, dans toutes les villes de Mars, jetant le trouble, le même phénomène s’était produit. Une froidure de neige s’était emparée de l’atmosphère. Dans les ruelles enténébrées, sous les torches, les enfants chantaient :
Et quand elle arriva,
« Hé, les enfants ! criaient des voix. C’était quoi cette chanson ? Où l’avez-vous apprise ?
Les portes claquaient. Les rues se vidaient. Au-dessus des collines bleues une étoile verte se leva. Sur toute la face nocturne de Mars les amants se réveillaient pour écouter leurs bien-aimées fredonner dans l’obscurité.
« Quel est donc cet air ? »
Et dans un millier de villas, au milieu de la nuit, des femmes se réveillaient en hurlant. Il fallait les calmer tandis que leur visage ruisselait de larmes.
« Là, là. Dors. Qu’est-ce qui ne va pas ? Un rêve ? Sanglot hystérique. « Ça se rapproche, ça se rapproche de plus en plus !
Tout était calme dans les petites heures du matin martien, aussi calme que les fraîches ténèbres d’un puits. Les étoiles brillaient dans les eaux des canaux ; les enfants étaient pelotonnés dans leur chambre et le bruit de leur respiration, les poings refermés sur leurs araignées d’or ; les amants étaient enlacés, les lunes couchées, les torches froides, les amphithéâtres de pierre déserts.
Le silence ne fut rompu qu’à l’approche de l’aube par un veilleur de nuit qui, au loin, dans les sombres profondeurs d’une rue solitaire, fredonnait en marchant une étrange chanson… |
Comment l’auteur nous fait-il comprendre que les Martiens de sa nouvelle sont similaires aux terriens ?
Dans cette nouvelle, les Martiens, qui semblent télépathes, réagissent à l’arrivée d’une fusée en chantant dans une langue qui n’est pas la leur (l’anglais des spationautes).
Activité 1 : Dans cette nouvelle, relève tout ce qui permet de s’identifier aux Martiens, notamment les points communs entre les Terriens et eux.
Le quotidien des Martiens semble similaire au nôtre : « les amants paressaient » (l. 10), « quelques enfants couraient encore dans les ruelles » (l. 11) ; « çà et là se préparait un souper » (l. 12).
Les martiens ont en outre des pratiques artistiques similaires aux nôtres : « une femme chantait » ; « des musiciens faisaient flotter une musique sereine » ; ils se retrouvent dans des « amphithéâtres ».
Enfin, ils semblent rêver. Ou plutôt, dans cette histoire… cauchemarder !
Activité 2 : Comment l’auteur nous montre-t-il les manifestations du malaise et de la peur ?
La peur est omniprésente tout au long de cette nouvelle. En effet, les martiens commencent à parler dans une langue inconnue, et se demandent « ce que c’est que cette langue ». La musique leur semble « étrange » et ils « quittent leurs sièges ». Durant la nuit, ce sentiment est plus fort : « des femmes se réveillaient en hurlant ».
On trouve donc à la fois le champ lexical de la peur, mais aussi des descriptions des réactions qu’elle provoque. Cela nous permet de nous mettre à leur place.
Question de réflexion : D’après toi, le « rêve scientifique » de ces Martiens pourrait-il être de nous rencontrer ?
Séance 4 : Un rêve vert sur une planète rouge
Objectif 1 : Comprendre la différence entre un « progrès scientifique » et un « rêve scientifique ».
Objectif 2 : Comprendre qu’une histoire n’est pas nécessairement linéaire (vocabulaire : analepse)
Dans la nouvelle « Matin vert », Benjamin Driscoll a pour rêve de recouvrir Mars d’arbres pour pouvoir respirer normalement et ne pas être renvoyé sur Terre : effectivement, dans le monde imaginé par Ray Bradbury, un progrès scientifique a été réalisé et il est possible de coloniser Mars.
| Vocabulaire :
Une analepse est un retour dans le temps dans une histoire (au cinéma, on parle de flashback). On nous montre ce qu’il s’est passé auparavant. Dans un récit à l’imparfait, une analepse peut se repérer au plus-que-parfait (« il avait écarquillé les yeux »). Une prolepse, c’est l’inverse : on nous montre ce qu’il va se passer. |
Comment l’auteur nous fait-il entrer dans le « rêve scientifique » de son personnage ? Est-ce un rêve partagé ou un rêve égoïste ?
Nous avons envie de croire avec Benjamin Driscoll à la perspective de changer notre environnement pour le mieux. Bradbury nous fait ressentir de l’empathie pour Driscoll, et il n’est pas difficile de partager un rêve comme le sien, car il nous semble positif.
Mais modifier un paysage, un environnement, pour en faire autre chose, est-ce vraiment le rêve de tous ?
Un rêve contemporain :
Essaie de réfléchir à ton propre rêve scientifique : il sera au cœur de la nouvelle qui sera la tâche finale.
Séance 5 : Un rêve américain
Objectif : Comprendre l’aspect subjectif d’un « rêve » et d’un « rêve scientifique ».
Les diners sont des restaurants qui symbolisent les États-Unis. Sam Parkhill rêve dans la nouvelle « Morte-saison » d’en ouvrir un sur Mars.
Activité de découverte (avant la lecture) : lequel de ces trois diners préfères-tu ?



Activité 1 : Quelles sont les émotions par lesquelles passe Sam Parkhill durant la nouvelle ?
Proposition de réponse : Au début de la nouvelle, Sam est enthousiaste. Il ressent de la joie à l’idée d’ouvrir son diner, bientôt remplacé par de la peur, puis de la colère, suite à l’apparition du premier martien. Il devient anxieux, angoissé quand il prend la fuite avec Elma.
Dans la dernière partie de la nouvelle, il ressent à nouveau de la joie, quand il s’imagine que les fusées vont arriver plus tôt que prévu, ce qui amplifie sa frustration et sa déception quand la Terre explose.
Activité 2 : En quoi le rêve de Parkhill pose-t-il un problème ? Compare-le avec le « rêve » de Driscoll.
Séance 6 : Un rêve d’antan
Objectif : Comprendre que la science-fiction ne se limite ni à la littérature, ni à l’époque contemporaine

Images du futur du passé
La science-fiction est un genre qui essaie d’imaginer le futur. Certaines de ses prédictions semblent parfois, avec le recul, un peu ridicules – elles ne l’étaient pas forcément à l’époque, et nos propres récits feront sûrement le même effet aux générations futures.
Dans ce court-métrage, adapté d’une nouvelle de Ray Bradbury, les protagonistes sont des objets : c’est nous qui leur prêtons des émotions : voir des expressions et des visages quand il n’y en a pas, cela porte le nom de paréidolie.
L’histoire que la nouvelle nous raconte est triste, et cette impression est amplifiée par le fait que ce soit à nous de la reconstituer.
Séance 7 : Le rêve de Papa (deux heures)
Objectif 1 : comprendre comment les objectifs des personnages permettent de faire avancer un récit
Objectif 2 : Comprendre l’alternance des descriptions (imparfait) et des actions (passé simple)
Activité 1 : Prends trois surligneurs et encadre en vert les passages descriptifs, en rouge les passages qui présentent les émotions des personnages, et en bleu les passages qui permettent aux personnages de se rapprocher de leurs objectifs.
Dans un récit, l’auteur doit souvent faire attention à ce que les objectifs recherchés par les personnages soient clairs pour le lecteur : ici, pour « papa », il s’agit de retrouver la paix sur Mars ; pour Michael, il s’agit de voir les martiens ; enfin, pour Timothy, il s’agit de découvrir les plans de « papa » et « maman ».
Au fur-et-à-mesure de l’histoire, l’auteur alterne :
– des descriptions à l’imparfait qui nous permettent de visualiser l’histoire ;
– des étapes dans l’accomplissement de l’objectif de chacun ;
– la découverte ou le dévoilement de plusieurs émotions qui nous permettent de nous sentir plus proche des personnages (et donc de vouloir qu’ils réalisent leurs objectifs) :
→ La description physique d’un personnage s’appelle un portrait ; lorsqu’on décrit des qualités ou des défauts, on parle de portrait moral.
| Mise au point :
Pour rendre un récit intéressant, il faut : → Présenter son personnage, même brièvement, et pas uniquement avec une description physique. Par ailleurs, un protagoniste n’a pas que des qualités ! → Dévoiler ses objectifs au fur et à mesure : il faut que l’on sache ce qu’il veut obtenir ou réaliser. → Ne pas se concentrer uniquement sur l’action, mais prendre le temps de faire des descriptions (des lieux, des personnages, etc.). Dans un texte au passé, une description se fait à l’imparfait. → Présenter les émotions et les pensées du personnage. → Montrer au lecteur que l’on sait ce que l’on fait, en présentant une fin cohérente. Cohérente ne veut pas dire vraisemblable (surtout quand on écrit de la science-fiction !), mais qui respecte les éléments déjà introduits dans le récit. |
Bilan
Question de réflexion : D’après toi, pourquoi Ray Bradbury a-t-il écrit les Chroniques martiennes ?
Ray Bradbury n’essaie pas forcément de prédire le futur : il imagine un futur dans le but de nous raconter une histoire. Ainsi, il n’essaie pas toujours de faire des récits vraisemblables ou crédibles, mais plutôt de décrire, d’imaginer des mondes différents, étranges, poétiques. Il cherche à provoquer chez le lecteur des sentiments et des sensations.
Les Chroniques martiennes est aussi pour Bradbury l’occasion de faire une critique de son époque et de sa société.
À partir de tous les rêves évoqués durant cette séquence, tu peux désormais essayer de répondre à notre problématique :
Un rêve scientifique est-il toujours bon à faire, et à réaliser ?