Comment parler de religion aux élèves ?

Une première version de ce texte a été écrite après l’assassinat de notre collègue Samuel Paty en octobre 2020, afin de venir en aide aux enseignants parfois démunis face aux heures de classe particulières qui s’annonçaient, puis agrémenté d’éléments nouveaux au fil de mes propres discussions avec mes élèves.

Il s’agit d’un outil de réflexion pédagogique qui n’a pas pour vocation d’être distribué aux élèves, mais plutôt d’accompagner les enseignants dans la construction de leurs séquences, par exemple sur les Grands Textes fondateurs en classe de sixième, ou dans la préparation de discussions en classe.

Ces éléments ne pourront pas être abordés en classe sans être adaptés au niveau des élèves et au contexte de l’établissement, et certaines notions nécessiteront de la part de l’enseignant une maîtrise préalable du cadre légal et des programmes officiels.

 

Ce document n’est pas officiel et n’engage pas l’Éducation nationale : pour des réponses institutionnelles à vos questions, il conviendra plutôt de consulter en priorité le très complet Vademecum de la laïcité à l’école

 

> Autres ressources pédagogiques
> Séquence pédagogique sur les Grands Textes fondateurs

Table des matières

I. Concepts et cadre

> PEUT-ON PARLER DE RELIGION EN CLASSE ?
> QU’EST-CE QUE LA LAÏCITÉ ?
> QU’EST-CE QUE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ?
> QU’EST-CE QU’UN MÉDIA ?
> QU’EST-CE QU’UNE FAKE NEWS ?
> QU’EST-CE QU’UNE CARICATURE ?

II. Repères historiques et religieux

> QUAND LES MONOTHÉISMES SONT-ILS NÉS ?
> YAHVÉ, DIEU, ALLAH ?
> QU’EST-CE QUE LA TRINITÉ ?
> CATHOLIQUES ? ORTHODOXES ? PROTESTANTS ?
> CHIITES ? SUNNITES ?
> QUE DIT LE CORAN SUR LES CARICATURES DE MOHAMMED ?
> MAJUSCULE ? MINUSCULE ?
> MOHAMMED OU MAHOMET ?
> MUSULMAN OU ISLAMISTE ?
> RELIGION ET IDÉOLOGIE : COMMENT FAIRE LA DIFFÉRENCE ?
> LES ARABES SONT-ILS TOUS MUSULMANS ?
> NOËL EST-IL UNE FÊTE RELIGIEUSE ?

III. Conclusion

> ÊTRE « FRANÇAIS », C’EST QUOI ?
> CONCLUSION
> POUR ALLER PLUS LOIN

I. Concepts et cadre

PEUT-ON PARLER DE RELIGION EN CLASSE ?

La première opposition, presque de principe, que l’on risque de rencontrer lorsque le sujet de la religion arrive au sein d’une salle de classe, est celle du bien-fondé même d’une telle discussion. Peut-on parler de religion en classe ? Peut-on parler de religion au collège ?

Certains élèves, et parfois même certains adultes, prétendront que le principe de laïcité s’y oppose : disons-le tout de suite, c’est tout à fait faux, et il faut distinguer l’enseignement de la religion elle-même, qui n’a pas sa place dans un collège public, de l’enseignement des faits religieux. Éduscol, le site du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, rappelle :

L’enseignement des faits religieux, dans notre république laïque, est inscrit dans le socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Avec objectivité et méthode, il décrit et analyse les faits religieux comme éléments de compréhension des sociétés passées et de notre patrimoine culturel, par le truchement de disciplines, telles l’histoire, les lettres, l’histoire des arts, l’éducation musicale, les arts plastiques, ou encore la philosophie.

Dès lors, rappelons que l’enseignement des faits religieux n’est pas simplement toléré dans l’enceinte d’un établissement scolaire, mais fait partie intégrante des programmes scolaires, et que les enseignants sont tout à fait légitimes à aborder les religions dans le cadre de leurs enseignements. Aucun élève ne peut en conséquence se soustraire à ces enseignements, même s’il s’agit d’une volonté parentale.

MAIS, D’AILLEURS, QU’EST-CE QUE LA LAÏCITÉ ?

Pour de nombreux élèves, et même pour certains adultes, la laïcité est un terme mal compris : certains la voient comme l’interdiction pure et simple de la mention du fait religieux, ce qui n’est pas le cas. Comme le rappelle Éduscol, : Rites, textes fondateurs, coutumes, symboles, traces matérielles ou immatérielles, manifestations sociales, œuvres sont autant de faits religieux qui ont eu (et qui ont encore) une influence plus ou moins prégnante sur les sociétés antiques, médiévales, modernes et contemporaines.

Il est impossible de ne pas aborder les faits religieux dans certaines matières : que ce soit en Histoire-géographie-EMC, où ils tiennent une place très importante,  ou encore en français, notamment en sixième où l’étude des récits de création du monde est l’occasion d’aborder des textes religieux comme la Bible ou le Coran. Ainsi, même si le fait religieux n’est pas à première vue l’objet du cours, il est toujours possible qu’il faille l’aborder : difficile de ne pas parler de christianisme quand on parle des Romans de la Table ronde en cinquième, par exemple. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il faut parfois aborder des problématiques religieuses pour comprendre le contexte dans lequel sont nés les objets d’études, dans le domaine des arts comme dans celui des sciences ou de l’Histoire.

Pour d’autres, la laïcité est parfois malheureusement vue comme une attaque aux religions, ce qu’elle n’est pas non plus.

La laïcité se définit d’abord par le fait de mettre à l’écart l’expression personnelle de la religion (et non pas seulement certaines religions, mais l’ensemble des religions) dans certains cadres, par exemple à l’école. Pour les agents de l’État, comme les enseignants, cela se traduit par un devoir de neutralité. Pour les élèves, cela limite une expression religieuse « ostentatoire, prosélyte ou perturbatrice ».

Il s’agit d’abord d’une manière de pouvoir donner le même enseignement à tous dans le cadre de l’école, sans distinction d’appartenance religieuse : c’est donc dès l’origine un concept égalitaire et qui a pour but d’assurer à chacun le droit, la liberté de croire ou de ne pas croire. Il n’est pas inutile de rappeler que la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État a été pensée pour d’abord instaurer la neutralité de l’État et la liberté de culte, notamment en mettant l’Église catholique à l’écart de l’enseignement (dans la continuité des lois Ferry de 1881-1882), à une époque où elle était prédominante en France. Il s’agissait d’éviter qu’une religion puisse être imposée à l’ensemble des citoyens. C’est donc notamment la laïcité qui a permis aux autres religions d’être plus tard mieux représentées en France.

À l’école, la laïcité fait partie du règlement intérieur, c’est pourquoi on trouve la plupart du temps la charte de la laïcité affichée dans les salles de classe. C’est parce que dans une école, on ne se définit pas par le fait d’être athée, juif, chrétien, musulman, hindou, mais par le fait d’être un élève (ou un professeur). Un élève a le droit d’être considéré seulement comme tel, et de ne pas être considéré par rapport à sa religion réelle ou supposée. Si l’expression personnelle de la religion est limitée, les élèves conservent toutefois leur liberté de croyance !

Ce droit s’accompagne, comme tout droit, d’un devoir : celui de laisser les discours prosélytes (c’est à dire qui veulent répandre une foi ou une idée) à la porte de l’établissement. Cela vaut pour les élèves comme pour les enseignants.

Ce qu’un élève fait en-dehors et ce qu’il peut penser ne regarde que lui. Un élève a le droit de questionner l’enseignement qui lui est dispensé, d’y réfléchir, mais il a aussi le devoir de réfléchir à son propre positionnement et de ne pas porter atteinte au contenu des programmes ou aux activités proposées : à ce titre, il ne peut donc pas refuser de participer à une activité ou manquer des cours sur un sujet qui lui déplairait. Sur ce point, le Vademecum de la laïcité à l’école présente plusieurs situations et des réponses claires à y apporter, toujours en privilégiant le dialogue avec les parties concernées.

QU’EST-CE QUE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ?

Il n’est pas rare d’entendre certains élèves se plaindre qu’on leur demande de se taire lorsqu’ils bavardent en brandissant la « liberté d’expression », c’est dire à quel point celle-ci peut être mal comprise ou mal interprétée !

La liberté d’expression est un terme légal : elle est prévue par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) depuis 1789. La DDHC fait partie du bloc de constitutionnalité, c’est-à-dire des lois les plus importantes du pays, celles qu’on ne peut changer que très difficilement, et qu’aucune autre loi n’a le droit de contredire. Elle est précisée ensuite dans le Code pénal et dans la loi sur la presse de 1881.

La DDHC dit que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme, adoptée en 1948, rappelle ce droit, en déclarant que « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

À première vue, on pourrait croire que cela signifie que l’on peut tout dire. C’est un peu plus compliqué, parce qu’il y a certaines limites : par exemple, on ne peut pas faire de provocation à la haine, appeler à la violence et à la discrimination, ni accuser quelqu’un de quelque chose qu’il n’a pas fait (on parle alors de « diffamation »). La DDHC dit aussi que la liberté « consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », c’est-à-dire tout ce qui ne cause pas directement de tort aux autres (et causer du tort, ça n’est pas offenser ou choquer : c’est créer de véritables répercussions).

Pourquoi Charlie Hebdo a-t-il le droit de publier des caricatures de Mohammed, si certains se sentent offensés par celles-ci ? Eh bien, tant qu’il n’y a pas d’infraction pénale comme l’incitation à la haine ou la diffamation, la liberté de la presse garantit l’expression de tout un chacun.

Montrer une caricature en classe à ses élèves dans un cadre pédagogique n’est pas les attaquer, même si la caricature peut être vécue comme telle ou, à tout le moins, comme une offense : il convient donc de guider la classe dans sa compréhension, notamment par un travail de contextualisation, mais il reste important d’aborder en classe même les sujets qui dérangent, afin de pouvoir les questionner avec les élèves.

Les enseignants sont là pour préparer leurs élèves au monde qui les attend, ce qui passe aussi par le fait de pouvoir comprendre la critique, et se doter soi-même d’un esprit critique. Cela passe par le fait de questionner tous types de discours, même ceux que l’on ne voudrait pas entendre !

QU’EST-CE QU’UN MÉDIA ?

Un média est un moyen de diffuser des idées et des informations. Cela peut être un journal, une émission de radio ou de télévision, ou encore un site internet.

Il est important de rappeler ce qui différencie un média d’information d’un moyen d’expression comme un blog : dans un média d’information, les personnes qui prennent la plume sont le plus souvent des journalistes, attachés à un ensemble de règles qu’on appelle la « déontologie » et qui vise notamment à asseoir leur crédibilité (ce point est abordé en français en quatrième).

De nombreux métiers ont une « déontologie » particulière : pour les enseignants, par exemple, cela consiste statutairement – entre de nombreuses autres choses – à rester neutre face aux discours politiques ou religieux. Pour un journaliste, cela consiste à ne pas publier un article sans s’être appuyé auparavant sur des sources, à vérifier qu’elles ne se contredisent pas et qu’elles sont fiables, ou encore à ne pas les dévoiler quand elles désirent rester anonymes.

Un particulier qui écrit un article de blog n’engage que lui-même. Pour un journaliste, c’est différent : il engage la responsabilité du journal qui l’emploie et peut être réprimandé pour son manque de sérieux. Cela ne veut pas dire pour autant que l’on peut écrire n’importe quoi sur internet : la loi s’applique à toutes et à tous et punit la diffamation, la diffusion de fausses informations ou les appels à la violence !

Enfin, un média comme un journal, ça n’est pas que des informations, c’est aussi des analyses et des avis : c’est pour ça qu’on trouvera des avis très différents entre un journal de droite comme « Le Figaro » et un journal de gauche comme « L’Humanité ».

Même s’ils ne sont pas d’accord, ces journaux se contrediront rarement sur les faits bruts qu’ils rapportent. Cependant, ils en feront ensuite des analyses différentes, ne traiteront pas tous les faits de la même manière, et ne donneront pas le même espace à chaque information. La ligne de chaque journal influencera donc l’analyse, mais pas la véracité des faits rapportés.

QU’EST-CE QU’UNE FAKE NEWS ?

Internet regorge de sites et de plateformes qui propagent des fausses informations, aussi appelées fake news. Parfois, il s’agit seulement de sites satiriques qui sont pris au sérieux par des lecteurs inattentifs, mais il peut aussi s’agir de véritables entreprises de désinformation, au service d’idéologies, ou encore des sites conspirationnistes qui propagent ce qu’on appelle des théories du complot.

De nombreuses fake news se propagent aussi par l’intermédiaire des réseaux sociaux, notamment X (anciennement Twitter) et TikTok. Selon une étude publiée en octobre 2025 par Science Feedback, un contenu sur cinq publié sur TikTok contient des informations fausses ou trompeuses ! Ces informations ne sont pas toujours diffusées par des personnes mal intentionnées, mais simplement par des utilisateurs qui n’auront pas pris le temps de vérifier leur provenance !

Une théorie du complot, c’est une manière de voir le monde comme s’il était dirigé par un groupe de personnes œuvrant en secret pour parvenir à ses fins en manipulant la population. Les gens qui croient à des théories du complot pensent que rien n’arrive par hasard et que les médias et/ou les responsables politiques mentent. Ce qui est embêtant avec une théorie du complot, c’est qu’il est très difficile d’argumenter avec les gens qui y croient : ils retourneront tous vos arguments en vous disant que c’est vous qui êtes manipulés !

Si certaines de ces théories prêtent à sourire tant elles semblent loufoques (la Terre plate, le complot Illuminati, l’existence de Reptiliens, etc.), d’autres sont dangereuses et excluantes, comme celles qui prétendent qu’il existe un complot juif, théorie qui « prête aux Juifs une volonté et les moyens de dominer le monde », ou encore un Grand Remplacement, théorie qui « affirme qu’il existerait en France un processus de substitution de la population française et européenne par une population non européenne, originaire en premier lieu d’Afrique subsaharienne et du Maghreb ». Ces deux dernières théories sont historiquement issues en majeure partie de l’extrême droite, mais nul n’est à l’abri de tomber dans leur piège.

Ces théories et ces fake news peuvent aussi se révéler dangereuses pour les gens qui y croient, lorsqu’elles prétendent, par exemple, donner des conseils de santé. Il n’est pas rare que certaines personnes aggravent leur état en refusant un traitement ou un vaccin après avoir suivi des conseils donnés sur des sites douteux.

Il est souvent difficile pour un enfant de faire la part des choses, mais certains médias traditionnels proposent des outils pour s’assurer de la fiabilité d’un site, comme le Décodex du quotidien Le Monde.

De manière générale, les médias d’information les plus contrôlés sont notamment les médias publics : RFI, France 24, France Culture ou encore France Inter. Ils ne sont pas infaillibles, mais sont soumis à un plus grand contrôle et surtout à une plus grande obligation de pluralisme (c’est à dire qu’ils sont obligés d’accueillir toutes les opinions politiques).

QU’EST-CE QU’UNE CARICATURE ?

Une caricature, c’est une représentation (un dessin, le plus souvent) de quelqu’un dont on a exagéré certains aspects pour provoquer le rire.

Tout un chacun est évidemment en droit de ne pas apprécier une caricature, qu’elle soit issue des colonnes de Charlie Hebdo ou d’un autre journal, et de les trouver de mauvais goût, voire offensantes. Cependant, il est souvent compliqué de comprendre un dessin de presse en-dehors de son contexte. Il est même très facile de manipuler quelqu’un en ne lui montrant qu’une partie d’un article, ou un dessin sans l’article qu’il illustrait. Il faut toujours se méfier des images sorties de leur contexte, car il est très facile de leur faire dire n’importe quoi ! De manière générale, un dessin satirique a pour but de faire réfléchir à travers la caricature, la déformation volontaire de la réalité. Libre ensuite à chacun de décider de ce qu’il pense !

Charlie Hebdo a multiplié les caricatures ciblant l’ensemble des religions (surtout monothéistes, car plus présentes en France), ainsi que des personnalités politiques. La critique ou le rejet de l’ensemble des religions, même si c’est quelque chose qui peut offenser ou déranger, n’est pas synonyme de racisme. En France, le droit fait une distinction essentielle : l’injure visant une religion est légale, mais l’injure visant une personne en raison de sa religion, elle, ne l’est absolument pas !

II. Repères historiques et religieux

QUAND LES MONOTHÉISMES SONT-ILS NÉS ?

À travers les cours d’Histoire-géographie et de français, les élèves connaissent déjà quelques polythéismes : égyptien antique, grec antique et romain. Ces trois polythéismes se sont chevauchés ou ont eu des dieux communs ou similaires dans leurs panthéons respectifs. Dans la plupart des religions polythéistes, on retrouve souvent des dieux qui ont les mêmes rôles, les mêmes fonctions. Pour schématiser, disons que les peuples antiques créaient leurs dieux pour trouver une explication mythique, symbolique et sociale du monde, sans forcément passer par la science – même si ça n’est pas si simple que ça : la religion avait aussi un rôle politique très important.

La religion antique est à la fois une manière d’organiser symboliquement, socialement et politiquement les sociétés, et d’en proposer des explications. Quand les mythes ont pour vocation d’expliquer la création du monde, on parle de « cosmogonies » (que l’on voit en français, en sixième). On a donc un dieu du ciel, un dieu de la mer, un dieu de la fertilité, et bien entendu, un dieu de la mort. Chez les polythéistes, les dieux pouvaient avoir des bons et des mauvais côtés, et n’étaient pas parfaits. Le meilleur exemple reste Zeus/Jupiter qui, bien que roi des dieux, avait la fâcheuse tendance à tromper sa femme, ce qui a donné naissance à bien des mythes, qu’on retrouve sous bien des formes différentes.

Si les polythéismes antiques comme la religion des Romains ou des anciens Égyptiens n’existent plus aujourd’hui, ça ne veut pas dire pour autant que plus personne n’est polythéiste : le monde compte aujourd’hui plus d’un milliard d’hindous, l’une des plus anciennes religions, qui vient du sous-continent indien. Au Japon, par exemple, on compte aussi de nombreux pratiquants du shintoïsme. Les polythéismes ne sont donc pas forcément des religions du passé.

La première des trois grandes religions monothéistes apparaît progressivement entre le VIIIᵉ et le VIᵉ siècle avant notre ère : c’est le judaïsme. Cette religion passe d’abord par le stade de la monolâtrie (on y prie un seul dieu parmi d’autres) avant de devenir un monothéisme.

Selon la tradition biblique, un homme dit avoir reçu un message d’un dieu unique : cet homme, c’est Abraham. Si son existence n’est pas attestée historiquement, il fait partie du récit fondateur du judaïsme, du christianisme et de l’islam. On appellera plus tard le dieu d’Abraham : Yahvé. Pour faire simple, comme ce dieu est unique, il est donc supposément parfait : contrairement à Zeus, il n’a aucun défaut.

Abraham est souvent considéré selon la tradition comme le premier monothéiste. Parmi ses descendants, on trouve Moïse, le prophète le plus important des juifs. Un prophète, pour les croyants, c’est un homme qui a reçu la parole de Dieu, un « messager ».

Entre le VIIIᵉ et le Vᵉ siècle avant notre ère, alors que les Juifs sont en exil à Babylone, ils vont écrire progressivement et successivement les livres de la Bible hébraïque (Bible signifie « plusieurs livres »). Ces dates sont imprécises, mal connues, et à prendre avec des pincettes : l’élaboration de la Bible, qui s’étale sur plusieurs siècles, est un processus complexe de rédaction et de compilation de récits oraux qui existaient déjà. Les juifs croient pour une grande partie d’entre eux au retour du Messie, « le libérateur désigné par Dieu ». Le monothéisme des juifs cohabitera longtemps avec les polythéismes.

Au premier siècle de notre ère, une autre religion monothéiste voit le jour : certains juifs croient avoir reconnu le messie en la personne de Jésus-Christ. Aujourd’hui, les historiens s’accordent à dire que Jésus a existé, mais pour ne pas le confondre avec ce qu’il représente pour les croyants, ils parlent de « Jésus historique ».

Pour les chrétiens, Jésus-Christ est le fils de Dieu, et il est venu proposer aux Hommes une « nouvelle alliance ». Les chrétiens reconnaissent la Bible hébraïque à laquelle ils ajoutent de nouveaux livres : les Évangiles. L’ensemble prend le nom de « Bible », tout court, et se sépare en deux grandes parties, « l’Ancien Testament » (la Bible hébraïque), et le « Nouveau Testament » (la vie de Jésus et les premiers temps du christianisme). Les juifs et les chrétiens croient donc au même dieu unique, mais ne sont pas d’accord sur le statut de Jésus : pour les chrétiens, c’est le fils de Dieu ; pour les juifs, il n’occupe aucune place religieuse et il s’agit seulement d’un personnage historique.

En 622, la troisième grande religion monothéiste voit officiellement le jour : il s’agit de l’islam. Cet évènement porte un nom : on dit que c’est l’Hégire. Dans la péninsule arabique, alors que cohabitent des tribus monothéistes et des tribus polythéistes, un marchand de la Mecque dit avoir reçu un message du dieu unique : cet homme, c’est Mohammed. Mohammed, dont l’existence historique est attestée, tout comme celle de Jésus, sera de son vivant un chef religieux mais aussi, dans le contexte de l’Arabie du VIIᵉ siècle, politique et militaire. Les partisans de Mohammed prendront le nom de musulmans, ce qui signifie « soumis » ; « celui qui se soumet à Dieu » : ils sont soumis au dieu unique.

Le texte saint des musulmans s’appelle le Coran, ce qui signifie « récitation ». C’est parce que le Coran est, pour les musulmans, la parole de Dieu, transmise au prophète Mohammed par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, que l’on appelle en arabe « Djibril » (cet ange est le même que celui qui annonce à Marie qu’elle est enceinte pour les chrétiens). Selon la tradition musulmane, le Coran est finalement mis par écrit après la mort de Mohammed sous l’ordre du calife Uthman (Othmane), qui unifie les fragments écrits et les traditions orales.

YAHVÉ ? DIEU ? ALLAH ?

Il faut bien avoir à l’esprit que les juifs, les chrétiens et les musulmans croient au même dieu. On parle même parfois du « dieu unique des monothéistes ». On peut avoir du mal à le comprendre, parce que les « noms » pour le désigner sont différents ; pourtant, il s’agit seulement d’une question de langue. « Allah » signifie simplement « Dieu » en arabe. D’ailleurs, les chrétiens arabes de Syrie, du Liban, d’Irak, mais également parfois les Coptes d’Égypte, appellent Dieu « Allah ».

Même si les juifs s’interdisent selon la tradition de prononcer le nom de « Yahvé » (par respect, ils emploient d’autres termes, comme « Adonaï »), il s’agit d’un manière différente de nommer la même entité divine : le dieu unique des monothéistes.

Les prophètes juifs, présents dans la Bible hébraïque, sont aussi présents dans la religion chrétienne et la religion musulmane, même s’ils portent des noms différents, encore une fois en fonction de la langue. Joseph devient Yusuf, ou Youssef. Moshe devient Moïse, puis Moussa. Salomon devient Souleymane. David devient Daoud.

Jésus, que les chrétiens considèrent comme le messie, est aussi un prophète de l’islam, et son nom arabe est « Issa » (Aissa au Maghreb). La mère de Jésus, Marie, est elle aussi présente dans le Coran : il s’agit d’ailleurs d’un personnage si important qu’une sourate (une sourate, c’est un chapitre du Coran) porte son nom. Son nom arabe est « Mariam » ou « Meriem » dans sa déclinaison maghrébine.

Les juifs, les chrétiens et les musulmans croient donc au même dieu unique et partagent l’essentiel de leurs prophètes. Cependant, ceux-ci ne sont pas tous les mêmes, ou n’ont pas le même statut. Les chrétiens croient que Jésus-Christ est le messie et le fils de Dieu (contrairement aux juifs et aux musulmans), et les musulmans pensent quant à eux que Mohammed est « le sceau des prophètes », c’est-à-dire le dernier d’entre eux et le plus important (contrairement aux chrétiens et aux juifs).

Chaque monothéisme a en outre son propre livre saint : c’est pour ça qu’on entend parfois l’expression « religions du Livre », même si l’on a tendance à ne plus trop employer cette expression.

QU’EST-CE QUE LA TRINITÉ ?

On entend parfois que les chrétiens seraient polythéistes car ils croiraient en plusieurs dieux : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cette incompréhension repose sur une notion complexe, y compris pour les chrétiens qui la décrivent comme un « mystère » : la Trinité. Les chrétiens eux-mêmes se définissent comme strictement monothéistes, et les accuser d’être polythéiste est une remise en cause du point le plus fondamental de leur foi : la croyance en un dieu unique.

Pour les chrétiens, comme pour les juifs et les musulmans, il n’y a qu’un seul dieu. Cependant, pour les chrétiens, Dieu existe à la fois en tant que dieu créateur (le Père), en tant que présence universelle dans le monde (le Saint-Esprit), et en Jésus (le Fils). Ces trois « personnes » (il s’agit du terme philosophique employé par les chrétiens) ne sont pas trois dieux différents : les chrétiens disent que Dieu existe en trois « personnes » distinctes, tout en restant un seul et même dieu.

Pour les chrétiens, Jésus a donc un rôle très particulier : il est à la fois un homme (qui doute, qui souffre, qui a peur) mais aussi Dieu venu vivre une vie humaine. C’est souvent un point d’incompréhension, car les juifs et les musulmans ont une autre vision de Dieu et considèrent qu’il ne peut pas être distingué en plusieurs « personnes ».

Dès les premiers temps du christianisme, les chrétiens ont eu de nombreuses discussions pour clarifier leur positionnement : lors des conciles de Nicée puis de Constantinople, ils ont réaffirmé leur croyance en un dieu unique, s’interdisant de concevoir le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois dieux, mais comme trois « personnes » du même dieu unique.

Même si la conception chrétienne de Dieu est différente de celle des juifs et des musulmans, il est donc faux de dire que les chrétiens sont polythéistes.

CATHOLIQUES ? ORTHODOXES ? PROTESTANTS ?

Aujourd’hui, les chrétiens sont divisés en trois branches : les catholiques, majoritaires (environ 50% des chrétiens sont catholiques), surtout présents en Europe de l’Ouest et en Amérique latine ; les orthodoxes, surtout présents dans les pays de l’Est de l’Europe (Russie, Serbie, Grèce, Roumanie), et les protestants, environ un tiers des chrétiens, surtout présent dans les pays anglo-saxons, nordique et d’Europe centrale, ainsi que dans certains pays d’Afrique subsaharienne. Ces trois courants ont des différences parfois importantes, mais partagent la même croyance en Dieu et le même texte saint, la Bible chrétienne.

La première division entre les chrétiens apparaît en 1054 : il s’agit du schisme Est-Ouest. Des querelles théologiques apparaissent, notamment sur le Filioque (il s’agit d’un débat sur le statut de la Trinité dont les termes sont particulièrement difficiles à comprendre) ou encore sur la liturgie (la manière d’organiser le rite) qui vont ensuite séparer les chrétiens entre l’Église catholique à l’Ouest, et l’Église orthodoxe à l’Est. Aujourd’hui, les catholiques ont un chef universel qui s’appelle le pape, alors que les orthodoxes ont des patriarches locaux. Si la manière de prier est différente, la doctrine des catholiques et des orthodoxes est assez similaire.

Le protestantisme est plus récent : il naît au XVIe siècle, et apparaît en réaction à certaines pratiques du clergé catholique. En effet, certains de ses membres ont tendance à s’enrichir, et l’Église a même commencé à vendre des Indulgences : elle promet aux riches donateurs un passage plus court par le purgatoire après la mort, avant de rejoindre le paradis, selon la doctrine de l’époque. Des religieux comme Martin Luther en Allemagne ou Jean Calvin en France vont donc prendre leur distance avec la papauté : on parle de la Réforme protestante.

Chez les protestants, chaque communauté a son organisation, et on insiste sur le lien direct avec Dieu, notamment à travers la Bible : ils ne reconnaissent donc pas l’autorité du pape.

Aujourd’hui, ces trois branches du christianisme dialoguent régulièrement et affirment leurs points communs en dépit de différences théologiques.

CHIITES ? SUNNITES ?

De la même manière qu’il existe des chrétiens catholiques, des chrétiens orthodoxes et des chrétiens protestants, il existe aussi dans l’islam plusieurs branches : principalement les sunnites et les chiites, qui se subdivisent encore en branches multiples.

À la mort de Mohammed, en 632, certains musulmans se positionnent en faveur d’Ali, son gendre (le mari de sa fille) : on les appellera les chiites ; d’autres lui préfèrent Abou Bakr, son compagnon d’armes : on les appellera les sunnites. Malgré tout ce qui les oppose, ces deux courants ont le même dieu, le même prophète, le même livre saint, et la même Shahâda (la profession de foi en islam).

Aujourd’hui, la principale différence (même si ça n’est pas la seule) entre les chiites et les sunnites, c’est avant tout leur conception de l’autorité religieuse : les chiites ont un clergé et la plupart d’entre eux (les chiites duodécimains) considèrent que l’imam est « infaillible » (qu’il ne peut pas se tromper), un peu comme les catholiques (qui ont des prêtres, des évêques, et un pape qui fait figure d’autorité).

La comparaison a ses limites et il ne faut pas la prendre pour argent comptant, mais elle pourra aider à mieux se figurer les choses : les chiites, tout comme les catholiques, ont un clergé et une organisation hiérarchique des religieux. Les sunnites, eux, n’ont pas de clergé, tout comme les protestants. Chez les protestants, il n’y a pas de prêtre, mais un pasteur, c’est-à-dire un guide dans la prière : c’est pareil chez les sunnites, qui ont un imam, c’est-à-dire un guide dans la prière, mais qui est un croyant comme les autres, et non pas un intermédiaire précis et particulier qui leur permettrait d’atteindre Dieu. Les sunnites ont toutefois des débats, et parmi eux des juristes ont une voix plus importante que les autres.

QUE DIT LE CORAN SUR LES CARICATURES DE MOHAMMED ?

En vérité, pas grand-chose ! On trouve cependant dans le Coran un verset qui condamne l’idolâtrie, tout comme dans la Bible : l’idolâtrie, c’est le fait de prier une image, une statue ou une idée plutôt que Dieu lui-même. Chez les monothéistes, l’idolâtrie est proscrite car c’est quelque chose qui fait penser au polythéisme. Le passage du « Veau d’or » qui figure dans la Bible et dans le Coran illustre l’interdiction des idoles : en l’absence de Moïse (Moussa, en arabe), ses compagnons ont prié un veau en or plutôt que Dieu, ce qui est contraire au second commandement, et provoque la colère du dieu unique.

Pour des courants de pensée rigoristes minoritaires à l’échelle du monde musulman (mais parfois très visibles dans les médias), c’est le fait de représenter n’importe quelle figure humaine qui est interdit, parce que cela veut dire qu’on se croit l’égal de Dieu. Ce courant de pensée est très loin d’être majoritaire.

L’interdiction de la représentation du Prophète est surtout une tradition. Les musulmans ont d’autres textes que le Coran : il y a aussi les « hadîths », qui sont selon la tradition les paroles de Mohammed, et non plus celles de Dieu. Selon les musulmans, le Coran est inchangé depuis sa révélation ; ce n’est pas pareil pour les hadîths.

En fonction des pays, des courants religieux et des époques, la représentation de Dieu et des prophètes a donc beaucoup varié. Dans l’histoire de l’art européen, Mohammed est d’ailleurs parfois représenté dans des œuvres classiques qui représentent des scènes religieuses, à l’image des très nombreuses représentations de scènes bibliques ou de la vie de Jésus.

Les chiites, selon le contexte, peuvent tolérer la représentation du prophète Mohammed, et les sunnites ont aussi pu le représenter, par exemple dans des manuscrits, même si aujourd’hui ils ont tendance à ne plus le faire. Comme la religion est quelque chose d’intime et que des personnes passent parfois leur vie entière à essayer d’interpréter des textes religieux, il est toujours difficile de trouver une explication qui mette tout le monde d’accord.

MAJUSCULE ? MINUSCULE ?

Un peu de grammaire maintenant ! En français, le mot « Dieu » prend par convention une majuscule quand il désigne le dieu des monothéistes, qui est un dieu unique et commun aux religions juive, chrétienne et musulmane, comme s’il s’agissait de son « nom » (quand on trouve « Dieu » avec une majuscule, on sait tout de suite qu’il s’agit du dieu des monothéistes). Quand il s’agit d’un nom commun, il prend une minuscule. Par exemple, on écrira : « Zeus est un des dieux du panthéon grec, alors que Dieu est le dieu unique des monothéistes ».

Les périodes religieuses ne prennent pas de majuscules : on écrit « le carême » et « le ramadan ». Les fêtes, elles, prennent une majuscule : on écrit « Yom Kippour », « Noël » ou « l’Aïd » (d’ailleurs, « aïd » signifie… « fête » !).

Les noms de peuples employés substantivement prennent une majuscule, pas les noms de communautés religieuses : on trouve donc « Juifs » pour parler du peuple hébreu, mais « juifs » pour parler des croyants. C’est donc le contexte qui décidera de l’emploi ou non de la majuscule… ce qui peut être assez complexe !

Enfin, on écrit « Islam » pour parler de l’ensemble des espaces dominés par des civilisations islamiques, notamment en cours d’Histoire-géographie-EMC, et « islam » pour parler de la religion, tout comme « christianisme » et « judaïsme ». C’est pourquoi on parle des « conquêtes de l’Islam » pour parler de l’expansion du monde islamique après la mort de Mohammed, mais qu’on écrit « islam » pour parler de la religion des musulmans.

MOHAMMED OU MAHOMET ?

En français, on trouve parfois le prophète des musulmans présenté sous le nom de « Mahomet ». Cette appellation n’a rien de péjoratif, c’est-à-dire de dévalorisant : c’est simplement qu’on parlait de lui en Europe avant qu’on connaisse très bien son nom ! « Mahomet » vient en fait du turc, une langue où « Mohammed » se dit « Mehmet ».

L’homme qu’on appelle Mahomet s’appelait en fait « Muhammad », ce qui signifie « celui qui est loué ». Ce nom, comme beaucoup d’autres, change de forme en fonction des langues et des pays : Mohammed peut s’écrire Mohamed, mais aussi se dire Mamadou dans les pays d’Afrique subsaharienne ou, comme on l’a vu, Mehmet en Turquie. Il existe de nombreux noms qui peuvent se traduire : Pierre, par exemple, peut se dire Peter, Pietro, Piotr, Petros ou même Boutros en arabe. Prenons Jésus : son nom peut s’écrire, en fonction des langues : Yeshoua, Gesù, ou encore Isus !

Toutefois, certains considèrent qu’il ne faudrait pas appeler le prophète ainsi : c’est qu’une théorie voudrait que « Mahomet » vienne de « ma houmid », qui signifie « celui qui n’est pas loué », alors que « Muhammad » signifie exactement l’inverse. Cette théorie n’a aucune réalité scientifique et n’est étayée par aucune étude linguistique. Comme « Mahomet » n’est pas péjoratif, il a longtemps été considéré comme plus simple de l’employer : Mohammed étant le nom le plus donné au monde, on était sûr de ne pas se tromper en disant « Mahomet ». Cette appellation peut déplaire mais il faut comprendre qu’elle n’a jamais eu l’intention de dévaloriser Mohammed.

Aujourd’hui, en classe, on trouve à la fois les dénominations « Mohammed » et « Mahomet », notamment lorsqu’il s’agit d’expliquer des textes plus anciens.

MUSULMAN OU ISLAMISTE ?

Attention à ne jamais employer ces mots comme s’ils étaient synonymes : ils désignent des réalités très différentes !

Un musulman, c’est tout simplement une personne qui croit, conformément à la profession de foi de l’islam (la Shahâda), qu’il n’existe qu’un dieu unique, et que Mohammed est son prophète. Si la plupart des musulmans s’accordent à dire qu’il faut – ou qu’il faudrait – respecter les cinq piliers de l’islam, de ne pas le faire ne « pousse » personne en-dehors de la religion. Les cinq piliers de l’islam (que l’on voit en cinquième en Histoire-géographie, et parfois en sixième en français) sont la profession de foi (la Shahâda), les cinq prières quotidiennes, la Zakât (une « aumône légale » qui consiste à donner une partie de ses biens aux nécessiteux), le jeûne du mois de ramadan et le pèlerinage à la Mecque.

Le terme « islamiste » ne désigne pas un simple croyant, mais une personne qui fait une utilisation politique de la religion musulmane, et qui considère l’islam non pas comme une religion, mais plutôt comme une idéologie, c’est-à-dire un système qui exclut (de manière violente ou non) les autres manières de penser. L’objectif des islamistes est de faire en sorte que les États, c’est-à-dire les pays, soient obligés d’appliquer la charia, la loi religieuse, en guise de loi commune (comme la charia est une interprétation du Coran, tout le monde n’en a par ailleurs pas forcément la même vision). Cela signifie que les islamistes voudraient que leur vision de la loi soit appliquée à tout le monde, même aux athées, aux juifs, aux chrétiens, aux hindous, et à ceux qui ont d’autres religions. Comme l’objectif des islamistes est politique, certains d’entre eux (pas tous) vont parfois employer la violence pour imposer leur vision des choses. Par exemple, pour déstabiliser un État et instaurer la peur, certains islamistes vont commettre des attentats terroristes.

La plupart des attentats islamistes sont le fait d’une logique idéologique ultraminoritaire de l’islam, qu’on peut parfois trouver sous le nom de « takfiristes ». Les takfiristes considèrent comme apostats (c’est-à-dire quelqu’un qui a renié sa foi) tous ceux (y compris musulmans) qui n’observent pas exactement la stricte doctrine définie par eux. Ils considèrent donc la majorité des musulmans comme n’étant pas… musulmans. Rappelons que les principales victimes des islamistes dans le monde sont des musulmans eux-mêmes.

On trouve parfois le mot « intégriste », notamment dans les médias. On appelle un intégriste une personne qui refuse de discuter de ses interprétations des textes ou de ses croyances (quelles qu’elles soient) et considère que tous les autres sont dans le faux.

Il est très important de faire la différence les mots « musulman » et « islamiste », car sont deux mots qui ne désignent pas les mêmes choses.

RELIGION ET IDÉOLOGIE : COMMENT FAIRE LA DIFFÉRENCE ?

Une religion, c’est un ensemble de croyances et de pratiques, qui s’appuient le plus souvent sur un texte ou un ensemble de textes ou de traditions. La pratique de la religion est le plus souvent personnelle, même si les croyants se rassemblent à certaines occasions, comme des fêtes ou des périodes.

Une idéologie, c’est un ensemble d’idées qui a pour but d’organiser la société dans son ensemble. Il arrive que certaines idéologies s’appuient sur des religions, et en fassent alors un usage politique, parfois éloigné des valeurs des religions dont elles se réclament.

De la même manière que l’islamisme n’est pas une religion mais un courant idéologique qui se sert d’une religion pour imposer une manière de penser, les autres religions ont, elles aussi, donné naissance à des courants comparables, qu’on appelle des courants intégristes ou fondamentalistes.

Chez les chrétiens, un exemple est notamment celui du Ku Klux Klan (le KKK), une société secrète violente et raciste qui s’en prenait aux Noirs aux États-Unis, prônant la suprématie des Blancs, en détournant les valeurs du christianisme. On trouve aussi aujourd’hui, par exemple aux États-Unis, des groupes évangélistes ultra-conservateurs qui s’opposent à l’avortement, aux droits des personnes LGBT+, ou encore à l’enseignement à l’école de certaines notions, comme l’Évolution (conceptualisée par Charles Darwin). En France, il existe des courants qui se réclament du catholicisme tout en s’opposant à l’autorité du pape.

Chez les juifs, l’utilisation politique de la religion peut se traduire par des courants ultra-orthodoxes politisés, en particulier en Israël, où certains voudraient renforcer l’importance de la loi religieuse juive (la Halakha) dans la société. On trouve aussi des colons religieux extrémistes, notamment en Cisjordanie, qui utilisent la religion comme justification à des projets d’annexion des territoires palestiniens, dans un cadre juridique international qui considère pourtant ces projets comme illégaux.

Les monothéismes ne sont pas les seules religions à avoir donné naissance à des courants intégristes. Chez les hindous, on trouve le courant du nationalisme hindou (l’hindutva), qui veut assimiler la religion hindoue à l’identité indienne (les partis politiques qui s’en réclament soutiennent des lois qui discriminent les chrétiens et les musulmans). Chez les bouddhistes, une religion souvent considérée comme plus pacifiste, on trouve le courant du bouddhisme nationaliste radical, parfois impliqué en Birmanie dans la persécution des Rohingyas, une population musulmane.

Quelle que soit la religion, il convient de ne jamais l’assimiler aux courants politiques qui s’en réclament, et de ne jamais généraliser une action politique à un ensemble de croyants.

LES ARABES SONT-ILS TOUS MUSULMANS ?

Avant toute chose, qu’est-ce qu’un « Arabe » ? Pour certains, les Arabes sont simplement les descendant du peuple originaire de la péninsule arabique (où l’on trouve des pays comme le Qatar ou l’Arabie saoudite), avec tout ce que cela comporte de métissages et de mélanges au gré des migrations. Pour d’autres, un Arabe est quelqu’un qui parle arabe, ou alors considère que sa langue naturelle est l’arabe, parfois suite à un processus historique d’arabisation.

Ainsi, dans les pays du Maghreb, de nombreux Berbères arabophones peuvent s’identifier comme des Arabes. Mais même cette définition ne met pas tout le monde d’accord : les Maltais (qui vivent sur l’île de Malte) ont une langue qui dérive de l’arabe, et pourtant : ils ne se considèrent pas comme des Arabes !

La langue arabe dite « classique », ou « arabe littéral », a donné naissance à plusieurs langues arabes parlées dans des endroits différents, ou plutôt plusieurs « variétés dialectales », tout comme le latin a donné naissance à plusieurs langues romanes comme l’italien ou le français. De la même manière que des langues comme le français, l’espagnol et le roumain sont cousines entre elles, différentes langues arabes peuvent beaucoup se ressembler sans, par exemple, qu’un locuteur de l’arabe dialectal syrien puisse comprendre l’arabe dialectal algérien. Si vous tentez de lire un texte en italien ou en roumain, vous reconnaitrez certains mots, sans pour autant comprendre le sens précis du texte : c’est pareil pour un Palestinien qui voudrait parler avec un Tunisien.

Disons plus simplement que les Arabes sont un groupe sociolinguistique (on trouve aussi parfois le terme « groupe ethnique » – qui peut être mal perçu –, c’est à dire « une population humaine ayant en commun une ascendance, une histoire (historique, mythologique), une culture, une langue ou un dialecte, un mode de vie ». Les Arabes forment donc un groupe, ethnolinguistique, culturel ou sociolinguistique, et ce groupe ne se définit pas forcément par une religion.

Même si les Arabes sont plus de 90% à adhérer à l’islam, tous ne sont pas musulmans : par exemple, en Égypte, pays arabe, environ 10% de la population est chrétienne : ce sont les Coptes.

Et, inversement, l’un des pays qui compte le plus de musulmans au monde est l’Indonésie, un pays qui n’est pas un pays arabe. Les Turcs, les Albanais ou les Bosniaques (un peuple slave qui parle le bosnien), qui ne sont pas des peuples arabes, sont majoritairement musulmans. On estime que seulement environ 20% des musulmans dans le monde vivent dans des pays arabes.

La religion tient avant tout d’une démarche et d’une croyance intime et personnelle ; elle n’est pas automatiquement reliée à une origine ethnolinguistique.

NOËL EST-IL UNE FÊTE RELIGIEUSE ?

En Europe, certains peuples antiques célébraient le retour du soleil (bien avant l’arrivée du christianisme) aux alentours du solstice d’hiver. La nuit du 21 décembre étant la plus longue de l’année, les journées suivantes marquaient le retour du soleil. Des peuples antiques menaient donc déjà diverses festivités durant cette période.

Plus tard, vers le IVᵉ siècle, les autorités chrétiennes décideront de situer symboliquement la naissance de Jésus à cette date. Si l’existence historique de Jésus est avérée, aucune autorité religieuse chrétienne n’a cependant établi sa naissance au 25 décembre : il s’agit d’une date symbolique, probablement inspirée par les fêtes païennes préexistantes. Par ailleurs, Jésus n’est probablement pas né en l’an 1 (l’an 0 n’existe pas), mais plus probablement… entre -6 et -4 avant notre ère !

Noël célèbre pour les chrétiens la naissance de Jésus-Christ, et tire d’ailleurs son nom de cet événement (étymologiquement, « Noël » signifie : la naissance). Cependant, en France (et partout dans le monde), cette fête s’est sécularisée : c’est-à-dire que la fête de Noël n’est plus uniquement vécue comme une fête religieuse : ce n’est plus seulement l’occasion de célébrer la naissance du Christ, mais aussi de se retrouver en famille et de s’offrir des cadeaux. Il s’agit par ailleurs d’une fête communément marquée par les athées !

En Europe et dans le monde, la fête de Noël n’est plus seulement marquée par les crèches des églises, mais aussi et surtout par la figure du Père Noël et des folklores d’origines culturelles diverses (notamment germaniques et scandinaves).

Dans les établissements scolaires, les aspects non-religieux de la fête de Noël, comme les sapins, ne sont pas interdits, contrairement par exemple aux crèches (qui figurent avec de petites figurines, les santons, la naissance de l’enfant Jésus). Il est toutefois permis d’étudier, de montrer, ou même de construire des crèches dès lors que cela relève d’un cadre strictement pédagogique, artistique et culturel : jamais lorsque cela relève d’un objectif prosélyte.

Noël, à travers les âges, est donc devenu une fête universelle, que les Français célèbrent indépendamment de leur religion ou de leur absence de religion : pour certains, elle marque la naissance du Christ ; pour d’autres, la fin des longues nuits ; pour la plupart, le moment de se retrouver en famille.

Indépendamment de sa religion ou de son absence de religion, tout un chacun peut fêter Noël à sa façon !
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III. Conclusion

ÊTRE « FRANÇAIS », C’EST QUOI ?

Les professeurs ont parfois la surprise d’entendre leurs élèves opposer le terme « Français » et le sentiment d’appartenance à une ethnie ou une religion. C’est que certains élèves peuvent concevoir le terme « Français » comme l’expression de ce qui n’est pas « musulman », pas « Arabe », pas « Noir », enfin, comme l’expression d’une norme dont ils se sentent exclus. Pourtant, ce ne sont pas des termes qui s’opposent. Français, c’est une nationalité. Et la nationalité française, ainsi que ses conditions d’obtention, est strictement définie par la loi : elle ne dépend ni de la religion, ni de l’origine.

La nationalité, en France, n’a aucun lien avec une origine ethnique ou une religion.

Même si on a longtemps désigné la France comme étant « la fille aînée de l’Église », elle est depuis 1905 un état laïc.

Il est d’ailleurs difficile de savoir exactement comment se répartissent les croyants en France, car il n’existe pas de statistiques officielles permettant de comparer les chiffres de chacune des communautés religieuses. Il n’existe que des sondages, parfois contestés, et dont les résultats évoluent souvent – mais qui peuvent tout de même donner un ordre d’idée.

On considère parfois que la surreprésentation de l’islam dans les médias conduit à une surestimation du pourcentage des musulmans en France. Selon un sondage de l’IFOP réalisé en novembre 2025, les musulmans représenteraient environ 7% de la population. Les chrétiens représenteraient quant à eux environ 47% de la population (43% de catholiques et 4% de protestants), et les personnes qui se définissent comme « sans religion » représenteraient 37% de la population. Enfin, les juifs et les bouddhistes représenteraient un peu moins de 1% chacun de la population française.

Ces chiffres ont un caractère particulièrement indicatif et évoluent souvent : il ne faut donc pas les prendre pour argent comptant.

Mais être français ne se limite pas à une nationalité, et ne se heurte pas à la pratique d’une religion ; être français, ça peut être simplement partager un mode de vie, une langue, une culture, une histoire – et ces définitions sont propres à chacun. Dans le cadre scolaire, seule l’adhésion aux valeurs de la République est attendue.

Ce qui fait la France d’aujourd’hui, ce sont les populations d’hier qui s’y sont mélangées. Notre pays est riche d’une histoire faite de mélanges, d’apports de tous horizons, qu’ils soient culturels, scientifiques, gastronomiques, philosophiques, ou intimes et personnels.

S’IL FALLAIT UNE CONCLUSION

Les remarques de nos élèves sont parfois de nature à nous heurter, et il nous arrive même de regretter d’avoir insisté pour qu’un élève nous pose la question qui lui brûlait les lèvres, quand on comprend qu’elle va ruiner l’heure qui s’annonce, et qu’on avait pourtant si savamment préparée.

Mais nos élèves restent des enfants, et la salle de classe est parfois le seul endroit où le discours peut s’éprouver : il nous appartient alors de nous saisir de ces discours, pour les analyser, les questionner, les déconstruire lorsqu’il le faut, et ramener tant bien que mal un peu d’objectivité dans les esprits.

Souvent, quand je termine une explication qui m’avait pourtant parue très satisfaisante d’une notion de grammaire, et qu’un élève me dit n’avoir rien compris, je me dis : pour un qui le dit, combien le pensent ? Il en va de même pour ce genre de sujets parfois délicats. Quand un élève, même s’il nous semble donner dans la provocation, prend la parole et ouvre une conversation, il se fait souvent le porte-parole de plus discrets ; il nous faut d’abord y voir une marque de confiance, même si c’est parfois difficile.

Alors il nous faut expliquer, expliquer encore, parler, beaucoup parler, mais surtout : écouter plus encore.

 

Alexis Potschke

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Vous trouverez sur cette chaîne Youtube quelques documentaires sur les Grands Textes fondateurs, accessibles dès la classe de sixième.

 

Sur la page ci-après, vous trouverez une séquence sur les Grands Textes fondateurs pour les élèves de sixième.

 

Ne manquez pas de vous référer au Vademecum de la laïcité à l’école pour obtenir des réponses institutionnelles à vos questions.